El Niño 2026-2027 s’annonce comme l’un des épisodes les plus intenses jamais mesurés, et les prévisions publiées en octobre 2026 en précisent désormais l’ampleur. Pour les exploitants de sites, la question utile n’est pourtant pas de savoir si « El Niño provoque la foudre ». En effet, l’activité orageuse reste un risque permanent ; El Niño agit surtout comme un facteur amplificateur qui redistribue les conditions favorables aux orages.
Le 21 octobre 2026, Futura a rassemblé sept cartes et images sur la menace mondiale de cet épisode. Nous sommes remontés aux sources primaires citées : NOAA, Organisation météorologique mondiale (OMM), Copernicus et Météo-France.
Ce troisième volet complète notre série. Le mécanisme est expliqué dans El Niño : comprendre le phénomène et son influence sur les orages, et le lien avec l’activité électrique dans Orages et foudre : comment El Niño modifie le risque mondial. Ici, nous résumons ce que disent les cartes pour 2026-2027, puis ce que les gestionnaires de sites, notamment internationaux, doivent vérifier.
Que disent les prévisions d’octobre 2026 sur El Niño ?

Les prévisions convergent : El Niño est installé, il continue de se renforcer et son pic est attendu vers décembre 2026. Ensuite, un affaiblissement est prévu au printemps 2027, avec un retour probable à des conditions neutres avant l’été. Toutefois, ses effets climatiques peuvent se prolonger au-delà du pic océanique.
Des indices océaniques à des niveaux exceptionnels
L’indice Niño-3.4 est l’écart de température de surface de la mer dans le Pacifique équatorial central et oriental, par rapport à la normale. Il sert de thermomètre principal du phénomène. Or, ses valeurs actuelles sont très élevées :
- +2,1 °C pour Niño-3.4 et +3,9 °C pour Niño 1+2 sur le mois écoulé, avec des anomalies supérieures à +4 °C dans le Pacifique oriental (NOAA CPC, bulletin du 8 octobre 2026) ;
- +2,4 °C pour Niño-3.4 dans la mise à jour hebdomadaire du 19 octobre 2026 (NOAA CPC, point hebdomadaire) ;
- environ +3,7 °C attendus en moyenne sur octobre-décembre, contre un record précédent de +2,6 °C fin 2015-début 2016 (OMM, 8 octobre 2026).
« Super El Niño » : un terme médiatique
L’expression « super El Niño » est un terme médiatique, sans catégorie scientifique officielle. L’OMM parle d’un El Niño « très fort », c’est-à-dire d’une anomalie d’au moins +2 °C. Par ailleurs, la NOAA évalue l’intensité avec l’indice RONI (Relative Oceanic Niño Index), qui corrige l’effet du réchauffement global des océans.
Concrètement, les probabilités publiées sont les suivantes :
- 100 % de chances d’un épisode très fort (RONI ≥ +2,0 °C) en octobre-décembre 2026, puis 96 % en novembre-janvier et 81 % en décembre-février (NOAA CPC, probabilités d’intensité, octobre 2026) ;
- 83 % de chances, en octobre-décembre, d’un épisode historique dépassant +2,5 °C, soit au-delà de tous les El Niño observés depuis 1950 (NOAA CPC, 8 octobre 2026) ;
- une persistance quasi certaine jusqu’en février 2027, selon le consensus de treize centres de prévision coordonnés par l’OMM ;
- un épisode proche de son pic, mais dont les impacts « peuvent continuer à s’intensifier » pendant l’hiver (NOAA GFDL, 7 octobre 2026).
Ce que montrent les cartes : un risque redistribué, pas uniforme
Les cartes saisonnières ne montrent pas une hausse générale des orages. Au contraire, elles décrivent un déplacement des zones plus humides et plus sèches que la normale. De ce fait, chaque site doit être analysé selon sa région et sa saison.
Régions plus humides, régions plus sèches
Pour octobre-décembre 2026, la mise à jour saisonnière de l’OMM identifie notamment :
- des conditions plus humides que la normale sur le Pacifique équatorial central et oriental, la Grande Corne de l’Afrique, le sud-est de l’Amérique du Sud, une partie de l’Amérique du Nord au sud de 45° N, de l’Asie centrale et de l’Asie orientale côtière ;
- des conditions plus sèches sur le sous-continent indien, le sud de l’Amérique centrale, une partie des Caraïbes, le nord-ouest de l’Amérique du Sud et le Pacifique occidental ;
- des sécheresses déjà accentuées en Amérique centrale et en Indonésie (Météo-France, 2 octobre 2026).
Les prévisions saisonnières Copernicus, reprises par Futura, montrent la même logique d’anomalies régionales. Néanmoins, une anomalie de pluie n’est pas une anomalie de foudre. Ainsi, une saison plus sèche peut compter moins d’orages, mais des cellules plus électriques.
Et l’Europe ?
Pour l’Europe de l’Ouest, Météo-France décrit un signal moyen faible : un peu plus de pluie et des températures plus douces en début d’hiver. Cependant, ces effets ne sont pas systématiques, et l’organisme précise qu’ils concernent surtout les territoires d’outre-mer tropicaux et subtropicaux.
- Guyane, Antilles, Polynésie ou Nouvelle-Calédonie : suivre les bulletins des services météorologiques locaux (Météo-France, impacts outre-mer) ;
- Europe continentale : maintenir le calendrier habituel de vérification, sans attendre un signal El Niño.
Pourquoi la foudre reste un risque permanent
La foudre est une décharge électrique produite principalement par les nuages convectifs profonds. La convection est le mouvement ascendant d’air chaud et humide qui alimente ces nuages. Par conséquent, tout ce qui modifie la chaleur et l’humidité disponibles peut modifier l’activité électrique.
El Niño, un amplificateur parmi d’autres
El Niño ne crée pas les orages : il déplace et renforce, selon les régions, les environnements qui leur sont favorables. Par exemple, l’indice Niño-3.4 est significativement corrélé à l’activité de foudre locale dans 53 % des zones étudiées pour au moins une saison (Dowdy, Scientific Reports, 2016). En outre, l’OMM rappelle que l’océan actuel est le plus chaud jamais mesuré, ce qui laisse davantage d’énergie disponible.
- Le pic d’El Niño, attendu entre novembre et février, coïncide avec la saison orageuse de nombreuses régions de l’hémisphère Sud.
- Les sites en Amérique du Sud, en Afrique australe et orientale ou en Asie du Sud-Est sont donc les premiers concernés.
- Partout ailleurs, le risque de base demeure : un site non protégé reste exposé, El Niño ou non.
Le bon indicateur reste local
La densité de foudroiement au sol, notée Ng, est le nombre d’impacts de foudre au sol par kilomètre carré et par an. C’est elle, avec la configuration du site, qui alimente l’analyse de risque foudre. Autrement dit, une carte mondiale éclaire le contexte, tandis que la donnée locale guide la décision.
Quels contrôles foudre prévoir avant la saison orageuse ?
Avant la saison orageuse, un site doit vérifier sa protection directe, sa mise à la terre, ses parafoudres et son plan de maintenance. Le cadre international de référence est la série IEC 62305 (édition 2024), complétée par les textes applicables localement. Ensuite, chaque mesure doit être adaptée à l’étude du site.
- Protection directe : contrôler l’état des paratonnerres, des pointes et des mâts. Les paratonnerres à dispositif d’amorçage (PDA), comme les Paraton@ir ou les Ellips, se dimensionnent selon la NF C 17-102:2011 et une étude du site.
- Conducteurs de descente : vérifier la continuité et les fixations, surtout après des tempêtes ou de fortes pluies.
- Mise à la terre : mesurer la résistance des prises de terre et contrôler les liaisons équipotentielles. En effet, l’humidité du sol influe sur sa résistivité, ce qui compte dans les régions passant de la sécheresse aux pluies intenses.
- Parafoudres : contrôler l’état et la coordination des protections contre les surtensions (voir notre rubrique sur la protection foudre indirecte).
- Compteurs et tests : relever les compteurs d’impacts, comme le Compt@ir, et tester les PDA. Le système Contact@ir permet de tester les Paraton@ir sans monter en toiture.
- Consignes : mettre à jour les procédures d’arrêt des activités extérieures et les listes de destinataires des alertes.
Pour un groupe multi-sites, il est utile de prioriser les sites situés dans les régions signalées par les cartes saisonnières. Par ailleurs, les sites d’outre-mer méritent un calendrier propre.
Suivre l’activité orageuse avec les outils de l’écosystème LPS
La protection physique ne suffit pas à organiser la sécurité d’un site. C’est pourquoi l’écosystème LPS Platform réunit des outils complémentaires, chacun avec un rôle précis.
- Sky Sentinel assure une surveillance continue autour d’un site, avec une mise à jour toutes les 60 secondes, et envoie des alertes orage aux destinataires définis. Il aide à décider l’interruption d’une activité extérieure, sans déclencher d’action automatique.
- Strike Radar permet de vérifier après un orage si des impacts ont été relevés autour d’un site, d’analyser leur historique et d’obtenir rapports kérauniques et certificats de foudroiement.
- LPS Manager, l’application de supervision des produits connectés LPS France, centralise l’état des paratonnerres Paraton@ir et des compteurs Compt@ir, avec un historique horodaté par installation.
Sky Sentinel n’est pas un dispositif de protection relevant de la NF C 17-102 et de l’IEC 62305. Il s’agit d’un service de surveillance et d’alerte foudre conforme à l’IEC 62793.
En résumé
En définitive, El Niño 2026-2027 devrait atteindre un niveau historique, avec un pic attendu vers décembre 2026 et des effets prolongés en 2027. Ses impacts restent toutefois régionaux : ils concernent surtout le Pacifique, les Amériques, l’Asie du Sud-Est, l’Afrique de l’Est et australe, ainsi que les territoires d’outre-mer. Ainsi, la protection foudre demeure une nécessité permanente, que ce cycle rend simplement plus urgente sur certains sites. Le moment est donc idéal pour contrôler PDA, mises à la terre et parafoudres, puis organiser la surveillance. Pour préparer vos sites, contactez LPS France.
FAQ
Qu’est-ce qu’un « super El Niño » ?
C’est un terme médiatique désignant un épisode très intense, généralement avec une anomalie supérieure à +2 °C dans le Pacifique équatorial. L’OMM emploie plutôt l’expression El Niño « très fort ». L’épisode 2026-2027 pourrait dépasser le record de 2015-2016.
El Niño va-t-il augmenter la foudre en France métropolitaine ?
Selon Météo-France, son influence sur l’Europe de l’Ouest est faible et non systématique. Les effets les plus marqués concernent les régions tropicales et les territoires d’outre-mer. En revanche, le risque foudre habituel reste entier et justifie une protection vérifiée.
Combien de temps durera l’épisode 2026-2027 ?
L’OMM juge sa persistance quasi certaine jusqu’en février 2027. La NOAA prévoit ensuite un affaiblissement au printemps et un retour probable à des conditions neutres vers mai-juillet 2027. Néanmoins, les impacts peuvent se prolonger après le pic océanique.
Sources
- NOAA Climate Prediction Center, ENSO Diagnostic Discussion, 8 octobre 2026.
- NOAA Climate Prediction Center, ENSO Strength Probabilities, octobre 2026, et point hebdomadaire du 19 octobre 2026.
- NOAA GFDL, October 2026 El Niño Predictions, 7 octobre 2026.
- Organisation météorologique mondiale, communiqué du 8 octobre 2026 et El Niño/La Niña Update du 3 septembre 2026.
- Météo-France, « El Niño pourrait atteindre une intensité inédite depuis 1950 », 2 octobre 2026, et « El Niño : quels impacts sur les territoires d’outre-mer ? ».
- Copernicus Climate Change Service, prévisions saisonnières.
- Dowdy A. J., Scientific Reports, 2016.
- Futura, « Le pire est à venir : 7 cartes et images… », 21 octobre 2026.